Se recueillir, c'est ... par Yves Duteil

Se recueillir, c'est se regarder de l'intérieur,
faire la moisson de ce qui a germé, fructifié en nous.
C'est un instant d'accalmie à la croisée des possibles,
pour prendre son souffle et aborder avec moins d'appréhension le chemin qui s'ouvre.
C'est aussi une communion intime avec les êtres que l'on a aimés, perdus,
un court voyage dans un passé encore présent à nos coeurs, un appel silencieux aux âmes chères et aux souvenirs précieux.
C'est la concentration avant la performance, le calme avant la tempête, l'espace où tout se met en place dans la tête et le corps afin de tenter l'exploit, se dépasser, être le meilleur à l'arrivée.
On se recueille comme un enfant trouve une main à prendre, on se rassemble avant d'agir, pour mieux repartir, on se mobilise corps et âme dans un silence bienfaisant où l'on invoque ses repères, comme pour baliser la piste d'un envol imminent.
Face au ciel ou au vide, au bord du ravin ou au pied de la montagne, avant l'insurmontable, pour vaincre sa peur, trouver le courage ou puiser la force, rassembler les morceaux épars d'un puzzle mystérieux, pour s'offrir en bouquet comme une prière.
On se recueille n'importe où, dans le bruit, le silence, la quiétude ou la frayeur.
A l'inverse d'une fuite, c'est une marque de courage. C'est l'adulte en nous qui donne à l'enfant que nous n'avons cessé d'être l'instant de réconfort qui lui permet de retrouver la paix en lui.
C'est l'esprit qui aspire à l'élévation.
Dans la part d'immatériel qui nous relie à l'univers, c'est l'esquisse de la spiritualité qui nous transforme et nous grandit.
C'est un dialogue sans paroles, le murmure d'une eau qui n'a nul besoin de grammaire pour nous parler de beauté, de vérité.
Le recueillement, c'est le silence des bibliothèques, le geste du chef d'orchestre qui suspend le temps avant la première mesure d'une symphonie (...), l'espérance qui reprend vie sur l'attente d'un mot.
C'est l'aiguillage qui redonne du sens à l'incertitude, le moment de grâce qui peut tout changer, le creuset des idées nouvelles, l'oeil du cyclone.
C'est la tête qui reprend la main, une façon de s'asseoir pour mieux se relever, de s'agenouiller pour vivre debout, de réfléchir seul à seul, de n'avoir de compte à rendre qu'à soi-même.
C'est un instant d'intimité avec celui qui nous a semés, et qui semble nous avoir plantés là pour mieux nous cueillir, nous recueillir parfois et nous accompagner jusqu'à maturité.
Yves Duteil
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