A contre-courant de soi-même

Lundi matin. Début de semaine assez chargé : plein de choses à penser, à prévoir, à préparer...
Qui ne connaît pas ces moments-là ? Le premier mouvement qui vient, c'est de se précipiter et de se mettre à la tâche tout de suite. Et pourtant une autre tâche, au préalable, m'attend : j'ai décidé de pratiquer une courte séance pour expérimenter une nouvelle façon de maîtriser le souffle.
Alors je m'y mets.
Sur le tapis, débout, je m'inquiète de toutes ces choses à faire qui m'attendent, des pensées éparses me traversent, s'agitent à vide dans tous les sens, on dirait des mouches qui virevoltent dans un bocal...
Je commence quand même : "les soucis seront pour demain"...Pour l'instant, ce qui doit me préoccuper, c'est la respiration, la posture, ce n'est pas la tête !
Petit à petit, sans forcer les choses, d'autres pensées viennent et prennent bientôt le dessus et poussent "dehors" les pensées précédentes. A l'esprit brouillé se substitue progressivement un état d'esprit, pas parfaitement yogique, mais disons un peu moins dispersé et un peu plus clair...C'est comme un clou qui chasse l'autre. C'est presque mécanique.
Mais pour mettre en marche le processus, il faut éviter de céder au premier mouvement qui pousse à ne pas pratiquer et alors suivre la pente naturelle, très humaine, de l'inquiétude, de l'agitation. Non, il faut se placer en quelque sorte dans le sens inverse : être à contre-courant de soi-même.
Voilà un principe que l'on peut retenir de cet exemple de pratique. Le moi doit être provisoirement mis de côté pour laisser place à une autre perspective, un autre centre, au Soi, pourrait-on dire en utilisant le vocabulaire indien. A partir de là, il s'agit de laisser faire la pratique, sans lutter, sans en faire trop, sans attendre non plus de résultats immédiats, miraculeux.
Simplement être à ce que l'on fait et remettre à plus tard tout le reste. Et après ? Eh bien, toutes ces choses à faire n'étaient pas si terribles que cela !...
Philippe Filliot, le yoga, un art de soi, Editions Actes Sud, p. 20-21

Je vieillis, je commence à faire comme préconise ce monsieur!....pas tous les jours ! Amitiés